universite-de-rouen-normandie-reference-2025-2100968/"
title: "Université de Rouen Normandie — offre mentionnant le groupe de travail thématique low-tech pluridisciplinaire"
—
Conférences low-tech et robustesse : les interventions d'Arnaud Crétot et Loïc Pérochon
Comment une organisation continue-t-elle à répondre aux besoins essentiels quand l'énergie, les matières et les compétences deviennent plus rares et plus variables ? C'est la question qu'Arnaud Crétot et Loïc Pérochon, cofondateurs de La Belle Tech, portent dans les écoles d'ingénieurs, les universités, les entreprises et les collectivités. Si vous cherchez une conférence low-tech en entreprise qui parte du terrain plutôt que des slogans, leurs interventions en donnent un bon exemple. Elles s'appuient sur une boulangerie solaire, une filière de biochar en milieu protégé et un rallye de véhicules solaires, et elles ont été données en France puis, plus récemment, à l'étranger.
Cet article présente les deux intervenants, le fil conducteur de leurs conférences, les séminaires auxquels ils ont contribué et ce qu'une organisation peut concrètement en retirer.
Deux ingénieurs aux parcours complémentaires
Arnaud Crétot et Loïc Pérochon se présentent comme des ingénieurs, entrepreneurs et chercheurs-praticiens, c'est-à-dire des professionnels qui produisent de la connaissance à partir de leurs propres projets, en les confrontant aux travaux académiques. Leurs trajectoires croisent l'expérience internationale, l'industrie, l'artisanat, l'entrepreneuriat, l'enseignement supérieur et la recherche. Elles se complètent plus qu'elles ne se ressemblent, et c'est ce qui donne du relief à leurs interventions communes.
Loïc Pérochon : l'industrie et la transformation des systèmes productifs
Ingénieur de formation, Loïc Pérochon a commencé sa carrière dans l'armement et l'aéronautique. Il y a coordonné des équipes internationales, notamment sur un projet d'extension d'aéroport en Arabie saoudite, où la découverte de situations de travail forcé l'a conduit à changer de voie. Il s'est ensuite installé comme consultant en écoconception et en transition écologique auprès des PME.
Dans les conférences, il apporte le regard de l'organisation industrielle : les flux, l'ordonnancement, les stocks, les contraintes d'un site de production réel. C'est lui qui a traduit en langage industriel les pratiques inventées dans un fournil, ce qui a permis de transposer la méthode TELED à des entreprises de toutes tailles.
Arnaud Crétot : l'énergie solaire appliquée à l'artisanat
Arnaud Crétot a été formé à Polytech Nantes. En 2009, il cofonde l'association Les Vagabonds de l'Énergie et part explorer les solutions d'énergie renouvelable en Europe et en Asie. En Inde, il découvre les concentrateurs solaires destinés aux activités artisanales. Un concentrateur solaire est un dispositif de miroirs qui concentre le rayonnement du soleil en un point pour produire de la chaleur à haute température, suffisante pour cuire du pain ou torréfier du café. Il devient directeur technique de l'entreprise qui fabrique ces fours, puis s'installe lui-même comme artisan solaire en Normandie en créant NeoLoco, une boulangerie et torréfaction qui fonctionne au rythme du soleil.
Il en a tiré un livre, La boulangerie solaire : un exemple pour un avenir radieux, et une expérience de terrain que peu d'ingénieurs possèdent : celle d'une entreprise dont la production dépend directement de la météo du jour.
La Belle Tech, point de rencontre des deux trajectoires
En 2021, ils cofondent avec d'autres associés La Belle Tech, à Sotteville-lès-Rouen. L'entreprise vise à professionnaliser les systèmes low-tech et à accompagner leur intégration dans les entreprises et les territoires. Une low-tech, dans la définition que retient Loïc Pérochon, est « une technologie qui est utile, accessible et durable », pensée pour favoriser l'autonomie de ses utilisateurs dans sa production, son usage et sa maintenance. Nous avons détaillé cette notion et ses applications dans notre guide sur la low-tech en entreprise.
Le fil rouge des conférences : faire des limites un paramètre de conception
La plupart des discours sur la transition traitent les limites physiques comme des obstacles que l'innovation finira par lever. Arnaud Crétot et Loïc Pérochon partent d'une posture différente, et c'est ce qui distingue leurs interventions. Pour eux, la raréfaction des ressources et leur variabilité doivent être intégrées dès la conception des organisations, au même titre qu'un cahier des charges, parce qu'elles vont durer et qu'une organisation conçue en les ignorant devra tôt ou tard les subir dans de mauvaises conditions.
Cette posture remet en cause une représentation très ancrée du progrès technique. Depuis des décennies, progresser signifie gagner en performance par l'optimisation et la standardisation : produire plus, plus vite, avec des équipements toujours plus puissants et des flux toujours plus tendus. Leur proposition consiste à concevoir, et surtout à rendre désirables, des systèmes capables de fonctionner avec moins de ressources et davantage de variabilité. Le mot « désirable » compte : une solution sobre que personne n'a envie d'adopter reste un prototype.
Loïc Pérochon résume l'un des constats de départ par une phrase qui surprend souvent les auditoires industriels : « Toutes les énergies sont au moins en partie intermittentes. » Le solaire et l'éolien varient avec la météo, mais le réseau électrique connaît lui aussi des pics de prix, des tensions d'approvisionnement et des risques de délestage. Une fois ce constat admis, la question change de nature : il s'agit de savoir comment organiser le travail autour de cette variabilité, plutôt que de payer toujours plus cher pour la masquer.
Cette approche ne rejette pas la haute technologie par principe. Loïc Pérochon le dit clairement : « Les high techs ont un rôle à jouer pour basculer vers un monde plus low-tech. » Le propos porte sur le bon dimensionnement des outils, et sur la capacité d'une organisation à rester maîtresse de ses moyens de production.
La méthode TELED, cœur méthodologique des interventions
La complémentarité des deux intervenants se retrouve dans la méthode TELED, qu'ils ont contribué à développer. L'acronyme a d'abord signifié « Tâches Énergivores Lorsque l'Énergie est Disponible », en référence au cas d'origine : un fournil solaire où l'on cuit quand le soleil brille et où l'on livre, conditionne ou répare quand il est caché. Il s'est ensuite élargi en « Tâches Essentielles Lorsque l'Essentiel est Disponible », parce que le même raisonnement vaut pour toute ressource dont l'accès devient discontinu : une matière première, une pièce détachée, une compétence rare.
Dans leurs conférences, la méthode sert moins de recette que de grille de questionnement. Remplacer une technologie par une autre plus sobre ne suffit pas, car une organisation qui garde les mêmes rythmes, les mêmes stocks et les mêmes attentes butera sur les mêmes fragilités avec un équipement différent. TELED invite donc à interroger ensemble :
- les besoins : qu'est-ce qui est réellement essentiel dans l'activité, et qu'est-ce qui relève du confort ou de l'habitude ?
- les temporalités de production : quelles tâches doivent se faire à heure fixe, et lesquelles peuvent attendre une période d'abondance ?
- les savoir-faire : quelles compétences permettent de travailler avec une ressource variable ?
- les stocks : quel tampon faut-il constituer pour livrer en continu tout en produisant de façon discontinue ?
- les modèles économiques : comment rester rentable avec une production qui suit la disponibilité des ressources ?
Un chiffre issu des diagnostics revient souvent dans les échanges : les tâches réellement énergivores ne représentent que 15 à 20 % du temps de travail des organisations étudiées. Autrement dit, l'essentiel de l'activité peut se dérouler à peu près n'importe quand sans surcoût énergétique, et il suffit de déplacer une minorité de tâches pour capter l'essentiel du bénéfice. Les quatre étapes de la méthode, ses cas d'application et ses limites sont détaillés dans notre article sur la méthode TELED.
Des séminaires en France et à l'étranger
Leur démarche associe étroitement expérimentation et recherche. Arnaud Crétot et Loïc Pérochon ont partagé leurs travaux exploratoires lors de séminaires thématiques dans plusieurs établissements d'enseignement supérieur, en France comme au Royaume-Uni.
| Établissement | Thème du séminaire |
|---|---|
| École polytechnique | Concentration solaire |
| Loughborough University (Royaume-Uni) | Sustainable design, la conception durable |
| Mines ParisTech | Design sociotechnique |
| Centrale Nantes | Industrie low-tech |
Le design sociotechnique, abordé aux Mines, désigne une conception qui traite ensemble l'objet technique et l'organisation humaine qui l'entoure : les usages, les compétences, les règles de travail, le modèle économique. C'est un point central de leur propos, puisqu'un équipement low-tech mal intégré dans l'organisation qui l'utilise finit presque toujours au fond d'un hangar.
L'intervention à Loughborough University marque une étape. Elle montre que la question de l'organisation sous contrainte de ressources, travaillée depuis la Normandie, trouve un écho dans des institutions étrangères reconnues pour leur travail sur la conception et l'ingénierie.
Dans chacun de ces séminaires, les concepts sont confrontés à des terrains concrets. Cette articulation entre pratique et recherche permet de vérifier ce qui résiste aux réalités techniques, économiques et sociales des projets, et d'écarter ce qui ne fonctionne que sur le papier.
Trois terrains d'expérimentation au service du propos
Ce qui rend ces interventions utiles pour un public professionnel, c'est qu'elles s'appuient sur des projets menés en conditions réelles, avec leurs réussites et leurs difficultés. Trois terrains reviennent régulièrement.
L'artisanat solaire chez NeoLoco
NeoLoco cuit son pain et torréfie son café grâce à des concentrateurs solaires, donc uniquement quand l'ensoleillement le permet. Cette contrainte, qui semblait réserver le projet à une niche militante, a obligé l'entreprise à inventer une organisation complète : planifier les fournées selon la météo prévue, constituer des stocks, réserver les jours couverts aux tâches peu consommatrices d'énergie. Le Low-tech Lab a consacré une enquête à ce modèle. Pour un auditoire de dirigeants, NeoLoco sert de démonstration à petite échelle : si une boulangerie tient avec une énergie aussi variable que le soleil normand, une PME peut apprendre à absorber les variations de prix de l'électricité.
La production de biochar en ESAT
Le deuxième terrain est une filière de biochar menée avec l'ESAT du Pré de la Bataille, à Saint-Pierre-lès-Elbeuf. Un ESAT, établissement et service d'aide par le travail, emploie des personnes en situation de handicap. Le biochar est un charbon végétal obtenu par pyrolyse de biomasse, c'est-à-dire par chauffage de résidus organiques en l'absence d'oxygène, qui améliore les sols et stocke du carbone sur le long terme. Notre guide complet du biochar en présente les usages et les enjeux, et notre article sur la filière biochar en France situe ce type de projet dans le paysage national.
Ce cas intéresse particulièrement les auditoires universitaires et les collectivités, parce qu'il réunit trois dimensions rarement traitées ensemble : un procédé technique, un modèle économique local et un modèle social inclusif. L'organisation suit la logique TELED, avec une pyrolyse programmée par campagnes et des tâches de collecte, de criblage et d'ensachage accessibles aux travailleurs de l'ESAT.
Le Trophée Vhélio
Le troisième terrain est le Trophée Vhélio, dont La Belle Tech est partenaire. En mai 2026, seize équipages ont relié Sotteville-lès-Rouen à Hastings, en Angleterre, à bord de Vhélios, des véhicules à assistance électrique alimentés en partie par un toit photovoltaïque et documentés en open source. Nous avons publié un retour détaillé sur la première édition du Trophée Vhélio.
Dans les conférences, l'événement illustre la réparabilité en conditions dégradées : des véhicules montés par des équipes en grande partie non professionnelles, réparés au bord de la route avec l'aide des autres équipages. Il montre aussi qu'un objet sobre peut susciter de l'enthousiasme, ce qui rejoint directement la question de la désirabilité.
Une démarche inscrite dans des réseaux de recherche
Les deux intervenants participent activement au groupe de recherche transdisciplinaire sur les low-tech de l'Université de Rouen Normandie. Ce groupe réunit des chercheurs de plusieurs disciplines autour d'une même question : comment les low-tech peuvent-elles se structurer et se diffuser sur un territoire ? Ils collaborent également avec d'autres établissements d'enseignement supérieur et de recherche.
Deux évolutions récentes prolongent ce travail. Loïc Pérochon a été nommé expert du GIEC normand. Cette déclinaison régionale du GIEC, lancée par la Région Normandie, rassemble principalement des chercheurs des universités normandes et des experts techniques chargés de documenter les effets prévisibles du changement climatique sur le territoire, afin d'éclairer les décisions publiques. Arnaud Crétot a de son côté publié récemment des travaux sur l'émancipation humaine face à l'œuvre de la nature, une réflexion qui interroge la place de la technique dans notre rapport au monde vivant.
Ces deux inscriptions renforcent la dimension scientifique de leurs interventions. Elles leur permettent de relier des retours de terrain très concrets aux enjeux systémiques que les institutions de recherche documentent.
Ce qu'une conférence low-tech apporte à votre organisation
La transmission occupe une place importante dans leur activité : ils interviennent auprès d'étudiants, d'ingénieurs, d'entreprises et d'acteurs publics. Selon le public, les apports ne sont pas les mêmes.
Pour un comité de direction ou une équipe industrielle, une conférence permet de poser un diagnostic partagé sur l'exposition de l'organisation aux tensions sur les ressources. Elle aide à formuler des questions qui ne se posent pas spontanément dans un comité : quelle part de notre activité dépend d'une énergie disponible en continu ? Quels stocks avons-nous supprimés au nom du flux tendu ? Quels équipements sommes-nous incapables de réparer nous-mêmes ? Ces questions préparent le terrain d'une démarche plus structurée, comme un diagnostic TELED.
Pour une école d'ingénieurs ou une université, l'intérêt est de confronter les étudiants à des cas où l'optimisation classique atteint ses limites. Les séminaires cités plus haut montrent que ces sujets s'intègrent aussi bien dans un cursus d'énergétique que de design, de génie industriel ou de sciences sociales.
Pour une collectivité ou un acteur public, les interventions offrent une lecture territoriale : comment des filières locales, des structures d'insertion et des entreprises peuvent-elles construire ensemble des capacités de production plus robustes ? Le cas du biochar en ESAT est à ce titre directement transposable.
Dans tous les cas, l'intérêt tient à l'ancrage dans le contexte actuel. Le rapport publié en février 2026 par le CIGREF et l'Institut du Numérique Responsable a fait entrer la low-tech dans le vocabulaire des directions informatiques et des directions générales. Nous en avons analysé les conclusions pour les organisations. Une conférence permet de passer de ce constat général à des questions propres à votre activité.
Questions fréquentes
À qui s'adressent ces conférences ?
Elles s'adressent aux étudiants et aux enseignants-chercheurs, aux ingénieurs, aux dirigeants et équipes d'entreprise, ainsi qu'aux élus et agents des collectivités. Le propos s'adapte au public, mais repose toujours sur les mêmes terrains et la même méthode.
Faut-il déjà être engagé dans une démarche low-tech pour en tirer profit ?
Non. Une grande partie du propos porte sur l'organisation du travail et la gestion des ressources, des sujets qui concernent toute organisation, y compris celles équipées de technologies conventionnelles. La méthode TELED s'applique d'ailleurs à des équipements classiques.
Quelle différence avec une sensibilisation à la sobriété ?
Une sensibilisation invite en général à réduire ses consommations. Ces interventions visent plutôt à repenser l'organisation pour qu'elle fonctionne avec des ressources variables, ce qui touche aux stocks, aux plannings, aux compétences et au modèle économique. Le registre est celui de la conception et de la décision.
Faire intervenir Arnaud Crétot et Loïc Pérochon
Arnaud Crétot et Loïc Pérochon travaillent aujourd'hui sur une question qui concerne toutes les organisations : comment répondre durablement aux besoins essentiels dans un monde où l'énergie, les matières, les compétences et les ressources naturelles deviennent plus contraintes et plus variables ? Leurs conférences apportent à cette question des éléments de réponse éprouvés sur le terrain, une méthode structurée et un ancrage dans la recherche.
Vous êtes une entreprise, une école, une université ou une collectivité et vous souhaitez organiser une conférence low-tech, un séminaire ou une intervention dans un cursus ? Contactez La Belle Tech en précisant votre public, le format envisagé et vos enjeux : nous construirons avec vous une intervention adaptée à votre contexte.