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Développer une filière biochar locale : acteurs, modèle économique et retour d’expérience

La filière biochar en France accuse quelques années de retard sur ses voisins européens. Fin 2023, l'Europe comptait 171 unités de production, et 70 % de la capacité se concentrait dans les pays nordiques, en Allemagne, en Autriche et en Suisse. La France, l'Espagne et le Royaume-Uni commençaient à peine leur montée en puissance. Pour une entreprise ou une collectivité qui dispose de biomasse, ce retard a un bon côté : sur la plupart des territoires, la place reste à prendre.

Encore faut-il comprendre comment une filière se construit. Le biochar est un charbon végétal obtenu par pyrolyse, c'est-à-dire en chauffant de la biomasse (bois, déchets verts, résidus agricoles) à plusieurs centaines de degrés en l'absence d'oxygène. Il stocke durablement du carbone et peut améliorer certains sols. Produire du biochar est à la portée d'une PME. Le vendre, le qualifier, sécuriser l'approvisionnement et faire vivre l'activité toute l'année demande beaucoup plus de travail.

Cet article fait le point sur les acteurs de la filière, sur les sources de revenus d'une unité locale, et sur ce que nous avons appris en accompagnant la création d'une filière biochar inclusive avec un ESAT près de Rouen. Si vous découvrez le sujet, notre guide complet du biochar pose les bases techniques.

Où en est la filière biochar en France ?

Le meilleur état des lieux disponible est la note publiée en juin 2024 par le groupe de travail Biochar du Club Pyrogazéification de l'ATEE, relayée par l'association AILE. Elle s'appuie sur les chiffres de l'European Biochar Industry Consortium (EBI), la fédération européenne des producteurs.

Les ordres de grandeur à retenir :

  • En Europe, la capacité installée atteignait 75 000 tonnes de biochar par an en 2023, pour une production effective de 49 000 tonnes, soit plus de 130 000 tonnes de CO2 retirées de l'atmosphère. La capacité a crû de 54 % par an en moyenne entre 2020 et 2023, et le parc devait dépasser 220 unités fin 2024.
  • En France, la note estime qu'en 2030 la production pourrait atteindre 80 000 tonnes par an, en ne mobilisant qu'environ 10 % du gisement théorique de biomasse. À l'horizon 2050, la contribution du biochar est évaluée à un million de tonnes de CO2 éliminées par an, ce qui suppose une capacité de production de 400 000 à 450 000 tonnes par an.
  • Côté recherche, la France se classe au 20e rang mondial pour le nombre de publications scientifiques sur le biochar. L'essentiel de l'effort de recherche et développement y est mené et financé par les entreprises elles-mêmes.

La lecture pour un dirigeant est assez simple. La technologie est mature : plusieurs équipementiers européens atteignent le niveau TRL 9, l'échelle de maturité technologique qui désigne un procédé éprouvé en exploitation réelle. Le marché, lui, se structure encore. La note de l'ATEE pointe trois freins : un coût de production élevé, une grande hétérogénéité des biochars vendus, et des normes encore en cours d'écriture, au sein de la commission AFNOR CN X34B en France et du comité international ISO TC238, qui réunit 14 pays.

Les acteurs de la filière biochar : qui fait quoi

Une filière est une chaîne. Chaque maillon a ses acteurs, et un projet local doit savoir à qui il s'adresse à chaque étape.

Maillon Qui Exemples en France
Fourniture de biomasse Scieries, collectivités, paysagistes, agriculteurs, viticulteurs Chutes de scierie collectées dans un rayon de 100 km (Bordet), végétaux de déchèterie (Kerval Centre Armor, 60 000 t par an), sarments de vigne (Maison Boinaud)
Production industrielle Unités continues de plusieurs milliers de tonnes Groupe Soler (3 unités sur 2 sites, 50 000 t par an), Bordet (Côte-d'Or, puis Nièvre), Terra Fertilis (Argentan)
Coproduction énergie et biochar Pyrogazéification : la biomasse donne à la fois un gaz valorisé et du biochar Carbonloop, Haffner Energy
Unités territoriales Pyrolyseurs mobiles, fours, petites unités fixes ESAT Le Pré de la Bataille (Rouen), fermes pilotes du projet CASCADE, Ill des Terres Nouvelles (Strasbourg)
Appui, normalisation, certification Associations, laboratoires, certificateurs AILE, Club Pyrogazéification de l'ATEE, AFNOR, European Biochar Certificate, UniLaSalle
Utilisation Agriculture, espaces verts, BTP, industrie Viticulture, fosses de plantation urbaines, béton, métallurgie

Les producteurs industriels

Le groupe Bordet, installé depuis 1860 à Leuglay en Côte-d'Or, y produit environ 4 000 tonnes de biochar par an. Il investit plus de 30 millions d'euros dans une nouvelle usine à Decize, dans la Nièvre, soutenue par le dispositif Première Usine de France 2030 : 15 000 tonnes de biochar et 5 000 à 6 000 tonnes de bio-huiles par an, avec une mise en service annoncée pour 2027. Le groupe Soler exploite trois unités industrielles réparties sur deux sites, pour une capacité totale de 50 000 tonnes par an.

En Normandie, Terra Fertilis produit à Argentan depuis 2021 à partir de biomasse forestière locale. Son biochar a été le premier fabriqué en France à obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) de l'Anses, le sésame réglementaire qui permet de le vendre comme matière fertilisante.

Carbonloop et Haffner Energy suivent une autre logique : la pyrogazéification, qui transforme la biomasse en un gaz riche en hydrogène et en un résidu solide carboné. Chez Carbonloop, chaque unité vise 1 100 tonnes de biochar et 225 tonnes d'hydrogène par an à partir de 7 000 tonnes de biomasse. L'unité de Haffner Energy à Marolles, dans le Grand-Est, est dimensionnée pour 120 tonnes d'hydrogène et 660 tonnes de biochar par an. Le biochar y reste un coproduit.

Les projets territoriaux

Entre ces industriels et les usages agricoles, une série de projets plus petits teste des modèles ancrés dans un territoire. L'association AILE, en Bretagne, est engagée avec UniLaSalle et B2E dans le programme européen Interreg Three C, consacré aux filières biochar biosourcées, et a coorganisé avec eux les premières Assises nationales des biochars à Rennes en 2023. Le projet CASCADE, financé par l'Europe et l'ADEME, associe UniLaSalle Rennes et Rennes Métropole autour de démonstrateurs urbains et d'essais de pyrolyse low-tech sur trois fermes pilotes. À Strasbourg, le projet Ill des Terres Nouvelles combine collecte à vélo, pyrolyse et production de biochar avec un objectif de 18 à 20 emplois.

Ces projets ont un point commun : ils partent d'un gisement local et d'un besoin local, puis cherchent la bonne technologie. C'est l'ordre inverse de celui des industriels, qui partent d'une capacité à remplir.

Les utilisateurs et les débouchés

La note de l'ATEE propose une distinction utile pour lire le marché. Le biochar au sens strict sert à stocker du carbone à long terme tout en rendant un service, dans un sol, un substrat ou un matériau. Le biocarbone remplace un réactif fossile dans un procédé industriel, par exemple comme agent réducteur en métallurgie ou dans la fabrication du silicium. Le biocharbon sert de combustible. Les trois sortent de procédés voisins, mais ils ne répondent ni aux mêmes cahiers des charges ni aux mêmes prix.

Pour une filière locale, les débouchés les plus mûrs restent l'agriculture et le biogaz, suivis de la construction, de l'assainissement et de la cosmétique, selon la grille de maturité de cette même note. En pratique, les premiers clients d'une unité territoriale sont souvent des maraîchers, des viticulteurs et des services d'espaces verts. Nos articles sur le biochar en agriculture et sur le biochar en viticulture détaillent ce que la recherche permet d'en attendre.

Le modèle économique d'une filière biochar locale

Une petite unité survit rarement avec la seule vente de biochar. Sa viabilité vient de l'addition de plusieurs sources de valeur, dont certaines n'apparaissent pas sur une facture.

Source de valeur Ordre de grandeur Ce qu'il faut vérifier
Vente du biochar 500 à plus de 1 000 € la tonne selon la qualité et le conditionnement La qualité attendue par vos clients, les analyses, la certification
Coût de traitement évité sur la biomasse 35 à 75 € la tonne de déchets verts, tarifs pratiqués par les syndicats de traitement Qui paie aujourd'hui l'évacuation, et à qui revient l'économie
Certificats de retrait carbone 2,3 à 3 tonnes de CO2 équivalent stockées par tonne de biochar Le standard choisi, la décote appliquée, le coût de la certification
Chaleur 60 % ± 10 % de l'énergie de la biomasse se retrouve dans les gaz de pyrolyse Un besoin de chaleur à proximité : séchage, serre, bâtiment
Activité et emploi Selon le porteur La finalité sociale de la structure qui exploite l'unité

Le carbone : réel, mais à chiffrer prudemment

Un certificat de retrait carbone atteste qu'une tonne de CO2 a été retirée de l'atmosphère et stockée durablement. Des entreprises l'achètent pour compenser une partie de leurs émissions résiduelles. Le biochar domine ce marché, avec 93 % des livraisons de retrait durable de carbone en 2023 selon la note de l'ATEE, mais le prix n'est pas garanti : autour de 150 dollars la tonne de CO2 en 2025 selon S&P Global, avec une demande qui s'essouffle.

Les biochars produits sur l'installation de l'ESAT ont été mesurés en laboratoire jusqu'à 2,34 tonnes de CO2 équivalent par tonne selon la méthode du European Biochar Certificate (EBC), le référentiel de certification européen. L'analyse de cycle de vie publiée dans la note de l'ATEE aboutit à 3 tonnes pour un biochar de résidus de scierie produit sur site. Dans nos chiffrages, nous retenons une hypothèse prudente de 120 euros la tonne de CO2 : une tonne de biochar représente alors environ 280 euros de certificats, avant la décote imposée par chaque standard et avant les frais de certification. Nous détaillons les mécanismes dans notre article sur le biochar et les crédits carbone.

Pourquoi le « local » compte, et pour quelles raisons

La même analyse de cycle de vie contient un résultat qui surprend souvent : transporter le biochar sur 400 kilomètres au lieu de l'utiliser sur place ne dégrade le bilan carbone que de 0,7 %. Ce n'est donc pas tant le climat qui justifie de produire au plus près des usages, c'est plutôt l'économie de la filière, parce que la biomasse est volumineuse et humide, que son transport coûte cher, et que les clients locaux sont ceux qui achètent en confiance un produit encore mal connu.

Les charges qui font basculer le résultat

Côté dépenses, quatre postes décident de la rentabilité :

  • La main-d'œuvre. Un pyrolyseur mobile demande une présence pendant les cycles. C'est le poste le plus lourd pour une petite unité.
  • Le séchage et le stockage. Une biomasse humide allonge les cycles et dégrade la qualité du biochar. Un hangar ouvert et quelques mois de patience coûtent moins cher qu'un équipement plus gros.
  • Les analyses et la certification. La grille EBC 2026 prévoit 400 euros par an plus 2 euros par tonne certifiée, auxquels s'ajoutent les analyses de laboratoire et l'inspection annuelle. Notre guide de la certification EBC détaille le parcours.
  • La conformité réglementaire. Selon la nature de ce que vous pyrolysez, l'installation relève d'une rubrique ICPE différente (installations classées pour la protection de l'environnement), avec des obligations très différentes.

Pour une PME qui traite 200 tonnes de biomasse par an, notre simulation détaillée aboutit à 22 000 à 32 000 euros de valeur annuelle brute, avant main-d'œuvre et amortissement. Le calcul complet figure dans notre guide du pyrolyseur mobile pour les entreprises, et les prix de marché dans notre article biochar : prix et où l'acheter en France.

Trois façons de porter le projet

  1. Acheter du biochar à un producteur. Aucun investissement, mais aucune valorisation de vos propres déchets. C'est la bonne option pour tester un usage.
  2. Produire en régie. L'entreprise ou la collectivité possède l'équipement et l'exploite. Le modèle tient si le gisement est suffisant et si du personnel est disponible pendant les campagnes.
  3. Mutualiser l'unité autour d'un exploitant tiers. Une structure, par exemple un ESAT, une entreprise d'insertion ou un groupement d'exploitants, exploite l'équipement pour plusieurs apporteurs de biomasse et plusieurs utilisateurs. C'est le modèle qui correspond le mieux à une filière territoriale, et celui que nous avons expérimenté.

Retour d'expérience : la filière biochar inclusive de l'ESAT Le Pré de la Bataille

Près de Rouen, nous avons installé et testé un pyrolyseur mobile low-tech sur le site de l'ESAT Le Pré de la Bataille. Un ESAT (établissement et service d'accompagnement par le travail) emploie des personnes en situation de handicap dans des activités productives adaptées. L'expérimentation, menée sur neuf mois avec le Bauhaus des Transitions, laboratoire porté par Mines Paris, visait trois objectifs à la fois : créer une activité économique nouvelle, accessible aux travailleurs de l'établissement ; valoriser les déchets organiques du territoire ; démontrer la séquestration de carbone sur un site réel.

L'équipement est un pyrolyseur construit sur une remorque, qui fonctionne autour de 600 °C et accepte des intrants de formes et de tailles variées. Son rendement tourne autour de 25 % : quatre tonnes de biomasse sèche donnent environ une tonne de biochar. Les biochars produits ont été caractérisés par UniLaSalle Rouen.

Le choix d'un ESAT n'a rien d'exotique dans cette filière. Terra Fertilis, à Argentan, travaille depuis sa création avec un ESAT situé à moins de deux kilomètres de son usine. Les tâches d'une unité de biochar s'y prêtent bien, pour des raisons que l'expérience a rendues concrètes.

Enseignement 1 : la filière compte plus que la machine

Une production de biochar repose sur trois relations : ceux qui fournissent la biomasse (collectivités, paysagistes, exploitants), celui qui la transforme, et ceux qui utilisent le produit (agriculteurs, maraîchers, services d'espaces verts). Structurer ces relations a pris autant de temps que maîtriser la technique. C'est ce travail qui fait qu'une installation devient une filière.

Enseignement 2 : l'organisation du travail fait le modèle économique

La pyrolyse elle-même est une tâche exigeante, concentrée sur quelques heures par cycle. Elle est confiée à des opérateurs formés et programmée par campagnes, quand la biomasse est disponible et suffisamment sèche. La collecte, le tri, le criblage, l'ensachage et la livraison représentent la majorité du temps de travail et sont accessibles à un public large.

Cette organisation applique notre méthode TELED, acronyme de « Tâches Énergivores Lorsque l'Énergie est Disponible » : on cale les tâches lourdes sur la disponibilité réelle des ressources, plutôt que de viser une production continue qui exigerait un équipement surdimensionné et un approvisionnement parfaitement régulier.

Enseignement 3 : la mesure sur site convainc

Les mesures selon la méthode EBC, jusqu'à 2,34 tonnes de CO2 équivalent par tonne de biochar, ont donné aux partenaires et aux financeurs des chiffres issus d'une biomasse réelle, produite dans des conditions réelles. Aucune étude de bureau n'apporte ce niveau de preuve. Pour un futur client comme pour un financeur, la différence est nette.

Enseignement 4 : la réglementation se prépare dès le premier jour

Nous avons conduit une étude réglementaire de l'installation avant de la faire tourner. Pyrolyser du bois propre ou pyrolyser des déchets ne relève pas du même régime : la rubrique ICPE 2910 vise la combustion de biomasse, la rubrique 2771 le traitement thermique de déchets non dangereux. Vendre ensuite le biochar comme matière fertilisante suppose soit une autorisation de mise sur le marché de l'Anses, soit la conformité à la catégorie CMC 14 du règlement européen sur les fertilisants. Notre article sur la réglementation ICPE de la pyrolyse détaille ces seuils.

Enseignement 5 : l'inclusion est un atout du modèle

Dans un modèle classique, la présence humaine pendant les cycles est un coût à réduire. Dans un ESAT, où l'activité est elle-même la finalité, elle devient une ressource. Ce renversement explique pourquoi les structures de l'économie sociale et solidaire sont des exploitants naturels pour des unités territoriales de taille modeste. Ce projet réunit un métier nouveau, un modèle économique local et un modèle social inclusif, et aucune de ces trois dimensions n'aurait tenu seule.

Monter une filière biochar locale : la démarche en six étapes

Voici l'ordre que nous suivons dans nos accompagnements. Il évite l'erreur la plus fréquente, qui consiste à acheter l'équipement avant d'avoir compté la biomasse.

  1. Chiffrer le gisement. Tonnage annuel, saisonnalité, humidité, nature des matières. Pour des déchets verts, seule une partie convient : l'ADEME estime la fraction ligneuse à environ 15 % des volumes. En France, 4,5 millions de tonnes de déchets verts passent chaque année par les déchèteries. Notre article sur les déchets verts des collectivités détaille ce diagnostic.
  2. Trouver les premiers utilisateurs avant d'investir. Essais agronomiques, lettres d'intention, prix cible. Un biochar sans client finit en tas au fond d'un hangar.
  3. Choisir l'échelle de production. Un four artisanal pour démontrer, un pyrolyseur mobile pour des gisements de quelques centaines de tonnes, une unité continue pour des milliers de tonnes. Notre guide comment fabriquer du biochar compare les options.
  4. Sécuriser le cadre réglementaire. Statut des intrants, rubrique ICPE, voie de mise sur le marché du produit. À traiter avant la commande de l'équipement, car ces choix déterminent l'emplacement et le type d'installation.
  5. Qualifier et certifier le produit. Analyses de laboratoire dès les premiers lots, puis certification EBC dans la classe adaptée à vos débouchés si vous visez des acheteurs exigeants ou les certificats carbone.
  6. Organiser le travail et la gouvernance. Qui possède l'équipement, qui l'exploite, comment la biomasse est apportée et à quel prix, comment le biochar est vendu et comment la valeur est répartie. Les entreprises qui s'engagent dans la démarche trouveront des repères dans notre article sur le biochar en entreprise agricole et industrielle.

Les limites à regarder en face

Une filière solide se construit en regardant ses fragilités, et le biochar en a.

Les effets agronomiques varient beaucoup. Une méta-analyse de référence (Jeffery et al., 2017) mesure environ +25 % de rendement en zone tropicale, mais un effet nul en moyenne en zone tempérée. Les résultats dépendent du sol, de la dose et de la qualité du biochar. Promettre un gain de rendement à un agriculteur français sans essai local serait une erreur commerciale autant qu'une faute d'honnêteté.

Le marché du carbone est volatil. Un plan d'affaires qui ne tient que grâce aux certificats carbone reste fragile. Nous les intégrons comme un complément de revenu, et nous construisons le socle sur la vente du biochar et les coûts évités.

La biomasse fait l'objet de conflits d'usage. Les mêmes résidus intéressent les chaufferies, les méthaniseurs et les unités de gazéification. La note de l'ATEE recommande d'arbitrer au niveau local, en tenant compte de la hiérarchie des usages et des coûts logistiques.

Les petits volumes supportent mal les coûts fixes. Certification, analyses et étude réglementaire pèsent lourd sur quelques dizaines de tonnes. La mutualisation entre plusieurs sites, ou entre plusieurs territoires qui partagent un même équipement mobile, change cette équation.

Ces limites expliquent pourquoi nous abordons le biochar comme un projet d'organisation plus que comme un achat de machine. C'est la même logique de robustesse qui guide notre approche de la low-tech en entreprise : des systèmes simples, réparables, capables de fonctionner avec des ressources irrégulières.

Conclusion : une filière qui se construit territoire par territoire

La filière biochar en France reste jeune, et c'est précisément pour cela qu'elle se construit maintenant, site par site. Les industriels installent des capacités de plusieurs milliers de tonnes. En parallèle, un réseau d'unités territoriales plus modestes transforme des déchets locaux en produit utile, crée des emplois et stocke du carbone au plus près des usages. Ces unités tiennent quand trois conditions sont réunies : un gisement chiffré, des utilisateurs identifiés avant l'investissement, et une organisation du travail adaptée aux ressources réelles.

Vous disposez d'un gisement de biomasse, vous portez un ESAT, une structure d'insertion ou une collectivité, et vous vous demandez si une filière biochar a du sens sur votre territoire ? Nous accompagnons ce type de projet du diagnostic du gisement à la mise en exploitation, avec la méthode TELED. Présentez-nous votre projet : un premier échange suffit souvent à savoir s'il faut aller plus loin.

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